La science derrière les ultramarathons

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Les ultramarathons sont rapidement devenus « la prochaine » épreuve de choix à faire pour plusieurs coureurs, peu importe leur forme physique, leurs tailles et leurs expériences, car le nombre de courses d’ultramarathon a augmenté de mille pour cent au cours de la dernière décennie. Le terme « ultramarathon » est généralement défini comme toute course plus longue qu’un marathon (42,2 km) et se déroulant en une seule étape. En 2018, plus de 1800 épreuves d’ultramarathon ont eu lieu dans plus de 75 pays.

Jusqu’à il y a 10 ans, ce genre d’athlètes – et la science derrière la tenue d’un tel événement – passait presque inaperçu aux yeux des scientifiques, donc j’ai pensé qu’il serait intéressant de discuter de certaines des dernières recherches de pointe dans ce domaine.

Des recherches récentes ont évalué la fatigue des ultramarathoniens hommes et femmes avant et après avoir terminé une course de 110 km avec près de 6000 mètres de dénivelé. Ils ont découvert que le niveau de fatigue du système nerveux central et du cerveau (fatigue générale) était le même pour les coureurs masculins et féminins. Cependant, ils ont enregistré de plus grandes quantités de fatigue locale dans les quadriceps et les muscles du mollet pour les hommes, ce qui peut expliquer en partie les rapports de plus grande performance des femmes dans les courses de très longue durée par rapport à leurs homologues masculins.

Une autre étude intéressante a examiné les changements dans le schéma de la frappe du pied en fonction de la fatigue musculaire au cours d’une course d’ultramarathon de 161 km. À la marque de 16 km, 80 % de tous les coureurs avaient un schéma de frappe situé à l’arrière-pied et 20 % des coureurs frappaient dans la zone mi-pied ou à l’avant-pied. Cependant, à la marque de 90 km, 89 % des coureurs présentaient un schéma de frappe à l’arrière-pied. Ces auteurs ont également constaté que l’augmentation de la frappe à l’arrière-pied à la mi-course était due à la fatigue musculaire locale. En d’autres termes, les exigences musculaires plus importantes de frapper au milieu du pied ou à l’avant-pied ont entraîné des niveaux plus élevés de créatine phosphokinase sanguine (une mesure des blessures ou du stress musculaire) après la course. J’ai discuté de résultats similaires dans des articles précédents de recherches sur le marathon montrant qu’un schéma de frappe à l’arrière-pied est plus économe en énergie, un facteur essentiel pour terminer un ultramarathon.

La question la plus importante est: comment ces coureurs peuvent-ils tolérer ce type de punition? Une étude intéressante s’est penchée sur les réponses physiologiques lors d’un ultramarathon tenu dans des chaleurs extrêmes, et les résultats sont vraiment étonnants. En prenant diverses mesures tout au long d’une course de 217 km à travers Death Valley, en Californie, les scientifiques ont découvert que les coureurs affichaient une température corporelle moyenne de seulement 37,49 °C (la normale au repos est de 37,0 °C), une fréquence cardiaque moyenne de 107 battements à la minute (typiquement au repos c’est 70 battements à la minute), et la pression artérielle moyenne de 128/86 mmHg (la normale au repos est de 120/80 mmHg). Même si la température maximale diurne était de 47 °C et la température moyenne était de 28 °C, ces coureurs avaient des mesures physiologiques très « typiques » qui étaient, en fait, proches des valeurs au repos. En fait, le finisseur le plus rapide a démontré une température corporelle globale inférieure (36,91 °C) par rapport à la moyenne du groupe de 37,49 °C. Les auteurs ont conclu que « le succès d’événements de longues durées dépend de la capacité à maintenir une température corporelle centrale inférieure [par opposition à] tolérer une température corporelle centrale supérieure ». En d’autres termes, certains coureurs peuvent tolérer leur chaleur tandis que d’autres sont simplement génétiquement équipés pour y faire face.

L’âge est un autre facteur qui a été analysé dans la recherche sur les ultramarathons et qui s’est avéré être un solide prédicteur de succès. Les meilleures performances dans le demi-marathon et le marathon sont généralement obtenues par des coureurs plus jeunes, tandis que les meilleures performances en ultras sont observées dans la tranche d’âge entre 35 et 45 ans. Par exemple, dans les ultramarathons de 100 milles, les hommes les plus rapides ont environ 37 ans et les femmes les plus rapides ont environ 39 ans. Au cours d’un ultramarathon de 24 heures, avec une distance de 200 km ou plus, les hommes les plus rapides ont généralement environ 44 ans et les femmes les plus rapides autour de 43 ans.

Qu’un ultra marathon soit sur votre radar ou non, vous devez apprécier la force physique et mentale de tenter et de terminer une course aussi extrême. Il faut une planification minutieuse, beaucoup d’entraînement et de toute évidence une expérience bien méritée pour être à votre meilleur.

 

 


Le Dr Reed Ferber est le directeur de la Clinique pour blessure de course à pied, un leader mondial de la recherche liée à la course et de la technologie d’analyse de la marche 3D. Pour plus d’informations, visitez www.runninginjuryclinic.com.

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