Traverser l’Atacama

Share

par Troy Schaab

Je mets le blâme sur YouTube. C’est là que je suis tombé sur une vidéo qui décrivait une course de 7 jours et 250 kilomètres dans le désert d’Atacama au Chili. Ça y est, j’y participe.

En arrivant au village de San Pedro de Atacama, j’ai rencontré les 81 autres coureurs venant du monde entier qui étaient également enthousiasmés à l’idée de participer à cette aventure. Je me souviens d’avoir eu l’impression de ne pas être du tout à la hauteur. La plupart des coureurs avaient déjà participé à des courses à plusieurs étapes et semblaient être équipés de tous les gadgets dernier cri et les équipements de course les plus récents. La plupart de l’équipement que contenait mon sac à dos avait encore les étiquettes de prix attachés.

Troy (à droite) et son compagnon de course Ryan Thornton sont en position de départ à l’étape cinq, un parcours de 80 km surnommé « La Longue Marche. »

Les organisateurs de la course, RacingThePlanet, ne fournissent qu’une tente et de l’eau. Le campement numéro un était très bien organisé avec les tentes tout installées en cercle. L’eau était en train de chauffer à feu vif, pour être ensuite mélangée aux repas lyophilisés que nous avions pour la semaine.

La première étape était de 35 km, une distance idéale pour rôder les jambes et s’adapter à la chaleur du désert. Après cinq heures et demie de course à travers un paysage avec des vues à couper le souffle et un terrain sauvage, je terminais la première étape. Mis à part des douleurs aux épaules causées par le port d’un sac à dos de 10 kilogrammes, je me sentais incroyablement bien.

La deuxième étape consiste à traverser des rivières et descendre une grande dune de sable escarpée dont je me souviendrai pour le restant de ma vie. Après un trajet de six heures, je suis revenu au campement en me sentant plutôt bien. Après avoir un pris un dîner après course de macaroni au fromage lyophilisé, je me suis aperçu que mon matelas gonflable avait malheureusement eu une fuite. Ce n’était pas une bonne nouvelle pendant une semaine où j’aurais besoin de bien dormir pour pouvoir courir 250 km.

À la troisième étape, tout à commencé à aller de travers pour moi. En plus de mon matelas gonflable qui fuyait, j’avais maintenant une douleur au genou. Avoir de la douleur au genou est assez courant dans ce type de courses en raison du terrain accidenté et extrême. Heureusement, nous avons eu droit à une couverture nuageuse ce jour-là et la chaleur n’était pas aussi drastique alors que je boitais. Le coucher de soleil cette nuit-là était à couper le souffle.

À la quatrième journée, on s’est offert une course de 46,3 km et nous avons traversé les tristement célèbres marais salants. Les marais salants sont inégaux comme ça ne se peut pas — on les compare à du brocoli congelé. Après une autre journée exténuante, je me suis glissée dans mon sac de couchage pour un petit somme après la course. C’est là que j’ai vraiment réalisé que j’avais essentiellement couru quatre marathons en quatre jours. Je n’avais jamais couru une telle distance à ce jour. Mon corps commençait à en ressentir les effets.

Le cinquième jour est surnommé La Longue Marche. Cette étape de 80 km ne sera complétée, par la plupart des coureurs, que tard dans la nuit. Comme je l’avais prévu, ma douleur au genou s’est aggravée. Arrivé au point de contrôle numéro deux, un membre de l’équipe médicale a travaillé sur mon pied gauche pour soulager les ampoules que j’avais développées. Avec environ 40 km à parcourir, nous avons rencontré une tempête de vent importante et avons été obligés de couvrir nos visages avec nos Buffs. C’est à ce moment-là que j’ai entendu la voix de Nicolas, un coureur néo-zélandais que j’avais rencontré au campement. Comme moi, Nic éprouvait beaucoup de douleur à cause de nombreuses ampoules aux pieds. Par-dessus le vent qui hurlait, il a crié : « Faisons équipe ». Au courant des huit heures suivantes, Nic et moi nous nous sommes dirigés de peine et de misère vers les points de contrôle situés devant nous, et à 0 h 45, nous avons terminé la cinquième étape. J’en ai beaucoup appris sur moi-même ce soir-là. Nic a énormément contribué à m’aider à terminer cette étape. Je suis tellement reconnaissant envers ce gars-là.

Le sixième jour était un jour pour panser nos blessures. L’équipe médicale était plus occupée que jamais, soignant les ampoules et mettant des pansements sur les blessures. Malgré la douleur, j’étais de très bonne humeur en sachant que je n’étais qu’à seulement 12,9 km de l’arrivée.

Une course de 13 km me semblait être comme une goutte dans l’océan par rapport à ce que nous avions déjà accompli. Il ne reste qu’une nuit à ne pas dormir !

Enfin, nous sommes arrivés au septième jour. C’est avec une grande joie que nous avons revêtu notre équipement de course vieux de sept jours et avons mangé notre dernier repas lyophilisé avant de partir. Courant avec toute l’énergie dont je disposais, je me souviens avoir entendu un bénévole crier : « 200 mètres… 200 mètres ! » Incapable de contenir mes émotions, j’ai lutté jusqu’à la ligne d’arrivée. C’était terminé. J’avais parcouru 250 km à travers un désert qui exigeait le respect. On a placé une médaille autour de mon cou et j’ai fondu en larme. C’était un honneur de partager ce moment avec mes nouveaux amis avec qui j’avais mené le même combat.

 

Après avoir complété le 250 km, les coureurs font la fête à San Pedro de Atacama.

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.