Le lapin de cadence d’Afghanistan

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par Martin Parnell

Lorsque je suis arrivé dans la ville de Bamyan, au centre de l’Afghanistan, je savais qu’il y aurait beaucoup de filles afghanes qui couraient bientôt leur tout premier marathon Free to Run. Je me posais la question: »comment puis-je les aider? ».

Alors l’idée m’est venue: pourquoi ne pas être le tout premier «Lapin de cadence» au Marathon d’Afghanistan? J’ai fabriqué une paire d’oreilles de lapin et une pancarte avec un objectif-temps de 7 heures, une heure avant l’heure limite de 8 heures. Ça allait être un parcours difficile. L’altitude maximale est supérieure à 3 000 mètres (11 000 pieds), ce qui signifie que le niveau d’oxygène chute de 21% à 13,7%. C’est aussi extrêmement vallonné et le gain et la perte d’altitude sur les 42 kilomètres sont de 1 135 mètres.

Les coureurs accompagnés par Martin à la borne du 26 km et à l’entrée du parc National Band-e-Amir. Photo : Martin Parnell

Le lendemain matin, j’ai rencontré Hassina, responsable de Free to Run de Kabul. Elle a accepté d’être mon «assistante lapin de cadence» et m’a présenté au groupe de six filles qui allaient courir avec nous. Elles étaient toutes très excitées. La première partie de la course a été une course aller-retour de 2 km, puis nous nous sommes dirigés vers la première des nombreuses montées abruptes et des nombreuses vallées du parc national Band-e Amir.

Les choses se passaient plutôt bien à l’approche du poste de premiers soins. La route avait été difficile et une des filles se plaignait de douleurs au dos. J’ai demandé si elle voulait abandonner, mais elle a dit non. Le groupe a continué d’avancer et nous étions sur la bonne voie jusqu’au 10 km. Le parcours était marqué de flèches noires peintes sur des planches de bois.

À la croisée des chemins, nous avons suivi la flèche pointant à gauche et avons poursuivi pendant deux kilomètres. Puis nous avons entendu des cris venant de l’autre côté de la vallée et des gens nous ont fait signe de venir. Les filles et moi avons traversé des marais et avons rencontré les bénévoles de la course. Ils nous ont dit que quelqu’un avait inversé le panneau de direction et que nous nous étions trompés.

J’en ai déduit qu’il était impossible de terminer le marathon en sept heures. Même un objectif de huit heures serait assez difficile, car certaines des filles étaient maintenant aux prises avec des problèmes physiques liés au terrain. Au point de contrôle de 14 km, j’ai demandé aux bénévoles de transmettre une demande au directeur de course pour prolonger le temps limite à neuf heures.

Nous avons continué et avons atteint le point de contrôle 21K en 4 heures et 30 minutes. En fait, nous avions couvert 23K en raison du détour. Le premier mi-temps avait été accompli sur un parcours difficile plein de collines escarpées et poussiéreuses, mais on nous avait dit que la seconde moitié serait plus facile. J’ai alors remarqué que le groupe était réduit d’une personne. J’avais perdu de vue la fille avec le mal de dos et une autre des filles avait commencé à prendre du retard.

L’arche marquant l’entrée du parc et le 26 km est une étape clé. C’était une longue montée en ligne droite à partir de là, et au sommet, j’ai regardé en arrière et je ne pouvais pas en croire mes yeux. Là, au loin, se trouvait la fille avec le mal de dos. Cela faisait 20 kilomètres et 4 heures que je l’avais aperçue pour la dernière fois et elle avait continué à courir. À ce moment-là, j’ai décidé d’essayer de l’aider – et l’autre fille qui avait pris du retard – à traverser le fil d’arrivée avant le nouveau temps limite de 9 heures.

Arrivé au point de contrôle de 28K, j’ai dit à Hassina que j’allais attendre les retardataires et qu’elle devait prendre le reste du groupe et continuer. Vingt minutes plus tard, les deux filles ont rattrapé leur retard. L’une d’elles pouvait parler un peu anglais. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Sonya et qu’elle avait 14 ans. L’autre fille, Anita, était sa soeur, âgée de 16 ans.

Il nous restait trois heures pour parcourir 14 km. De temps en temps, nous parcourions une courte distance de 100 mètres à la course, histoire de continuer sur notre lancée. Une ambulance nous suivait et chaque fois que je demandais aux filles si elles voulaient terminer, elles refusaient toujours.

Éventuellement il ne restait plus que 55 minutes pour parcourir les trois derniers kilomètres. Les filles étaient excitées et voulaient obtenir leurs médailles. Le soleil se couchait alors que nous traversions la ligne d’arrivée avec des câlins et des larmes. La limite de 9 heures ayant été approuvée, nous avions terminé en 8 heures et 46 minutes, avec 14 minutes d’avance sur le temps limite.

Au total, 20 filles et femmes ont complété le marathon Free to Run lors de cette journée extraordinaire. Leur résilience, leur persistance et leur détermination sont certainement une source d’inspiration pour nous tous

 

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