Le marathon de Boston 2018

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par Erin Woodrow

Je me tenais là, émerveillée en claquant des dents, mes jambes maculées de boue, comme du papier mâché. Quelques instants auparavant, nous avions été placés dans des autobus scolaires jaunes, rassemblés comme du bétail et obligés d’attendre en plein champ et à découvert jusqu’à ce que nos « vagues » soient appelées. Les gens s’enveloppaient dans des sacs à ordures et se sont couchés par terre, serrés les uns contre les autres, essayant de rester au chaud. Il n’y avait pas de téléphones portables, presque pas d’éclats de rire et les échanges amicaux étaient peu nombreux. Les températures glaciales, les pluies torrentielles et les vents violents ont rendu la chaleur difficile à trouver et le moral encore plus difficile à remonter. Il y avait cependant un sentiment d’excitation dans l’air qui était palpable et une énergie que même les vents violents ne pouvaient apprivoiser.

Erin Woodrow (au centre) avec ses amies Val Chisholm (à gauche) and Heather McPherson (à droite).

J’ai tenté d’évaluer les heures interminables que moi-même et les 30 000 autres coureurs qui m’entouraient avions investi pour avoir la chance de nous retrouver exactement là où nous nous étions. Bien que mon état d’esprit était ralenti par le temps maussade, je savais que c’était un privilège de me retrouver à cet endroit. Nous célébrions la 122e édition du marathon de Boston, qui à présent est largement considéré comme ayant été couru dans les pires conditions climatiques du siècle dernier. Je savais que cet événement avait quelque chose de spécial bien avant que j’y participe. En sortant de l’avion, j’ai failli trébucher sur des lettres gravées dans le sol, plaquées dans un acier doré et où on y lisait : « Bienvenue au domicile du marathon de Boston. » En récupérant mes valises, j’ai immédiatement remarqué que j’étais entourée d’innombrables personnes portant des vestes du marathon de Boston.

L’esprit de la course flottait dans l’air et les citoyens de Boston, dont le comportement semble correspondre parfaitement à cet événement emblématique, ont ouvertement accueilli favorablement l’afflux de coureurs qui prendraient le contrôle de leur ville. Cette ville et cette course ont vécu beaucoup d’événements au cours de leur longue histoire. Les habitants de la région nous ont raconté des histoires sur les attentats de 2013 — des histoires de regret et de perte, mais aussi de rassemblement par amour. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander pourquoi ces sentiments étaient partagés si ouvertement avec nous. C’était peut-être à cause des chandails « Boston Strong » que nous portions, ou le ton de compassion, de regret et d’intérêt sincère contenus dans nos voix. Quoi qu’il en soit, ce fut un privilège d’entendre ce que cette course signifie pour la belle ville et les citoyens de Boston.

Avant que je puisse véritablement prendre conscience de cet environnent dans lequel j’étais plongé, en cet affreux lundi matin, ou même boire la tasse de café que je tenais fermement pour garder mes mains au chaud était un défi, j’ai entendu ma vague être appelée. J’ai commencé à me préparer à faire face à la douleur qui accompagne un rythme soutenu pendant 42,2 kilomètres. J’ai regardé l’expression sur le visage de mes camarades alors que nous marchions vers la ligne de départ. Étions-nous vraiment sur le point d’aller courir dans ces conditions semblables à celles d’un ouragan ? Je suppose que nous sommes tous arrivés à la même conclusion, car lorsque le klaxon a retenti, nous avons tous mis un pied devant l’autre et propulsé nos corps vers
l’avant.

Erin Woodrow (à gauche) et Val Chisholm avec leurs médailles de finissantes du marathon de Boston.

Je suis certaine que, pour des années à venir je vais me souvenir des nombreux petits moments qui ont rempli ces kilomètres. Lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, après 3 heures et 24 minutes avec mon amie à mes côtés, nous nous sommes embrassées et nous nous sommes regardé, frissonnant, les lèvres bleuies et les yeux pleins de larmes. « Plus jamais », déclarions-nous en riant maladroitement. Je ne sais pas si mes larmes inhabituelles étaient dues à la douleur, à l’épuisement, à l’hypothermie ou à la fierté que nous ressentions toutes les deux après avoir accompli le parcours que nous avions toutes les deux entrepris de réaliser.

Alors que je songe à nos sorties par un froid glacial, très tôt le matin et les douleurs et les petits sacrifices que j’ai faits tout le long du parcours, un proverbe populaire de la classe de maternelle de mon amie me revient continuellement à l’esprit : « Si ceci ne représente pas un défi pour vous, cela ne vous change pas ».

Courir le marathon de Boston a été une occasion de m’impliquer corps et âme dans une aventure bien spéciale, de m’identifier avec fierté à quelque chose qui m’appartiendra pour toujours.

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