J’ai prouvé mon point

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par Rebecca McTaggart

En tant que femme de 50 ans et plus et d’un poids de plus de 200 livres, j’avais un choix sérieux à faire. Mon médecin de famille avait déclaré que j’étais sur la voie du diabète de type 2. On m’a recommandé à un spécialiste de l’obésité et j’ai commencé un programme de gestion du poids qui comprenait l’établissement d’un objectif de condition physique.

J’ai lutté mentalement pour trouver le bon objectif, qui soit réalisable, mais suffisamment difficile et stimulant, qui impressionnerait mon médecin et choquerait mes amis et ma famille. J’ai décidé de commencer par m’entraîner à marcher dix kilomètres à une cadence de cinq kilomètres à l’heure. Ensuite, je m’entraînerais à participer à un demi-marathon de marche.

Je n’avais jamais mis en place ce type d’objectif de mise en forme. J’avais déjà suivi un programme d’entraînement de marche à une boutique Coin des Coureurs tout près de chez moi et j’ai utilisé les leçons que j’avais apprises pour guider mon entraînement. Il m’a fallu trois mois pour y parvenir. Une fois terminé, j’ai été encouragé à continuer à travailler avec mon entraîneur pour la marche d’un demi-marathon. J’ai décidé de tracer mon propre parcours et de ne pas participer à une course organisée. J’y pensais trop : trop de coureurs et de marcheurs en forme ; trop de spectateurs ; trop grand risque d’échouer publiquement. J’ai informé mes amis et collègues de mon objectif. La plupart pensaient que j’étais folle, car ils ne pouvaient pas imaginer que je puisse marcher une telle distance. Tandis que je m’entraînais en marchant 12 kilomètres, puis 14 kilomètres, puis 16 kilomètres, cela semblait parfois une chose complètement ridicule. Je me suis dit que c’était cela que je voulais prouver : parcourir une distance que personne ne s’attendait de quelqu’un de mon âge et de ma taille puisse réaliser.

Mon collègue Albert a déclaré qu’il avait commencé à marcher durant l’été dans le cadre d’un programme de mise en forme. Nous avons convenu que marcher avec les autres était mieux que de marcher seul, alors nous nous sommes entraînés ensemble tout au long de la saison. Un autre collègue, Satoshi, a décidé de se joindre à nous.

Une mise à l’épreuve majeure a eu lieu par une belle journée ensoleillée en janvier. Tous les trois nous avions convenu de nous rencontrer à 12 h 30 à mon appartement du centre-ville de Toronto. La température était d’environ -5 °C sans facteur de refroidissement éolien. Le parcours que j’avais tracé devait imiter un demi-marathon et était pour être difficile : on suivait la rue Jarvis en direction nord jusqu’à Mount Pleasant, se terminant à Lawrence puis à l’ouest jusqu’à Avenue Road, au sud de King et de là, on se dirige vers chez moi.

La marche en milieu urbain requiert une vigilance constante, en particulier il faut surveiller les conducteurs de voitures aux intersections qui veulent tourner. Il y a des cyclistes sur le trottoir, des coureurs qui passent et des piétons qui se déplacent plus vite ou plus lentement que vous-même. Malgré ces distractions, plus vous marchez longtemps, plus vous ressentez la méditation physique.

Nous avons atteint Lawrence, qui est un point de contrôle mental — nous ne pouvons continuer à marcher plus au nord. Alors que nous nous dirigions maintenant vers le sud, j’ai proclamé : « Nous sommes en direction de la maison. » À notre arrivée à Queen’s Park, j’ai voulu arrêter. J’étais fatigué d’avoir marché plus de 17 kilomètres pendant plus de trois heures et demie. J’ai commencé à vérifier mentalement chaque rue où nous passions et à prier silencieusement pour que nous ayons des feux verts. Si nous devions nous arrêter à un feu rouge, je n’étais pas sûre de pouvoir repartir. Je suis devenue consciente de chacun de mes pas. J’ai calculé le rythme de mes respirations : inspirer pour quatre secondes, expirer pour huit secondes. Le seul bruit que j’entendais était mon dialogue intérieur : tu es presque arrivée, continue, tu n’as pas froid, tu peux le faire, tu le feras.

Rendu à l’intersection de Yonge et King, je me suis permis de ralentir. Nous étions à 50 mètres seulement de chez moi. Ce n’était pas la course Scotiabank Toronto Waterfront que nous faisions. Il n’y avait pas de foules enthousiastes, aucun annonceur ne me félicitait à l’arrivée, pas de ballons, pas de photographes. J’ai embrassé mes amis et je leur ai dit merci. C’était tout ce que je pouvais gérer.

Le sentiment d’avoir accompli quelque chose qui semblait irréalisable ne m’a pas quitté. Après l’avoir fait une fois, pensai-je, il n’y avait aucune raison pour que je ne puisse pas le refaire d’une manière plus formelle et reconnue. Mon entraîneur et moi avons terminé la course de la Banque Scotia et nous avons amélioré mon temps de 45 minutes. Depuis lors, j’ai complété trois épreuves supplémentaires. Je continue de travailler avec un spécialiste de l’obésité pour assurer un mode de vie saine. Mon taux de sucre dans le sang a été abaissé à un niveau normal et je n’ai plus besoin de médicaments antidiabétiques. La marche continue d’être une forme importante d’exercice et de méditation physiques pour moi. J’ai atteint mon objectif et j’ai prouvé mon point.

 

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