Moi, Une Inspiration?

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par Ted Swain

Mon choix de la course pour la santé cardiovasculaire et de la perte de poids avait une base pratique, plutôt que d’être fondé à partir de souvenirs lointains d’un amour de la course. Bien que j’aie eu une jeunesse active avec les sports, j’ai toujours été assez pitoyable, faisant concurrence avec l’abruti inactif pour l’honneur d’être le dernier choisi pour n’importe quel match improvisé. Mon accomplissement le plus impressionnant en course comme enfant, a été un ruban de troisième place au sprint de 100 verges, dans une rencontre d’athlétisme à l’école. Évidemment, il n’y avait que trois concurrents dans cette épreuve. Oui, je suis assez âgé pour me souvenir de courses disputées en verges et mon manque de conditionnement ne me permettait pas de tenter une distance plus longue.

Kris Acker

Finalement, l’Internet est venu à ma rescousse. Ayant acheté une paire de chaussures du Coin des Coureurs, j’ai appris qu’ils avaient un site web. En y faisant visites pendant une de mes phases non-courantes, impulsivement, je me suis inscrit pour une clinique Apprendre à courir de la boutique de Kenaston. Naturellement, à partir de ce moment en allant jusqu’au début de la clinique, j’ai passé la plupart de mon temps à me flageller pour avoir été si téméraire de m’être engagé à courir avec un groupe d’athlètes bien rodés. Des souvenirs de mon enfance m’éveillaient la nuit, et je me revoyais bon dernier d’un groupe qui disparaissait dans le lointain, en riant de moi. Je me suis damné pour mon achat impulsif, qui ne ferait que m’attirer le ridicule et confirmerait que mon meilleur rôle serait d’être spectateur. Penser à courir à l’extérieur, peut-être par mauvais temps, me donnait envie de rentrer sous terre, et je me demandais si les cliniques seraient annulées si de la pluie ou de la neige était prévue. Je m’attardais à penser aux « machines bien rodées » de la piste du parc Sargent qui me dépassaient continuellement. Je suis certain que vous me comprenez. Un des aspects négatifs de courir sur une piste est que, les meilleurs coureurs se doivent de vous dépasser maintes et maintes fois. Ce n’est pas matière à motiver.

La clinique Apprendre à courir a débutée au mois de mars et nos instructrices Roxie et Darolyn Trembath, étaient toutes deux des coureuses élites. Bien sur, j’étais en retard pour la première classe et je suis arrivé au moment ou les gens se séparaient en groupes, les télézards contre les athlètes élites, ceux qui pouvaient courir sans arrêt pendant 5 minutes. Naturellement, j’ai choisi les télézards et, avant même que je puisse reprendre mon souffle, nous étions partis. La perspective de courir dans la neige, dans la neige fondante et dans les flaques d’eau m’a un peu déconcerté, moi le coureur de piste intérieure, et je m’inquiétais que mes chaussures se saliraient et que mes orteils allaient se geler.

Pour notre première classe, il fallait courir une minute, marcher deux minutes et ce, sept fois de suite. Eh bien, la septième fois me semblait être comme la fin d’un marathon, et j’étais bien reconnaissant de la deuxième minute, pour me permettre de reprendre mon souffle. Je me félicitais de ne pas avoir choisi le groupe élite, une de mes meilleures décisions sportives. Mais encore mieux, j’étais surpris d’être parmi un groupe de gens qui semblaient être plus jeunes et en meilleure condition que moi, âgé de 51 ans et pesant 240 livres, mais qui, tout comme moi, étaient à bout de souffle et avaient la respiration sifflante. Pour une fois, je n’étais pas le bon dernier.

La semaine suivante, c’était un et un, et la minute de marche supplémentaire me manquait. Les semaines les plus difficiles ont été celles ou nous sommes passés de deux et un à cinq et un. Chaque course était l’enfer et je haletais pendant le repos de marche, craignant la période de course qui allait suivre. Deux choses m’ont permis de ne pas abandonner, l’agonie que je partageais avec les autres membres de la clinique et les plaisanteries optimistes, les encouragements et les « cinq » de Roxie, à la fin de chaque course. Elle était différente de la plupart des autres personnes athlétiques que j’avais rencontré, par le respect qu’elle démontrait et les encouragements qu’elle multipliait pour tous et chacun, peu importe notre performance. Sans elle, je n’aurais pas terminé la clinique.

Quand nous avons appris que notre course d’objectif était le 5km de CPAWS au mois de juin, une course ouverte à tous, j’étais plus qu’intimidé. La perspective de courir aussi loin, à l’extérieur, peu importe la météo, dans un groupe qui comprendrait des étrangers, la plupart d’entre eux qui se moqueraient de ma performance, était difficile à accepter. Heureusement, Roxie et Darolyn nous encourageaient continuellement de ne pas abandonner, que l’entrainement et la course étaient tout ce qui comptait et non le chrono et le classement. J’ai décidé, à ce moment là, d’adopter cette attitude. Quand le jour de la course est arrivé, j’ai eu quelques plaisirs positifs. Tout d’abord, ma fille Kristina qui avait 16 ans et qui était athlétique comme sa mère, a courue la course avec moi et j’ai pu concurrencer avec elle, même en faisant mes 10 et 1. C’était aussi la première fois de ma vie, que je portais un dossard, la première fois ou tout le monde encourageaient les autres peu importe la performance, et la première fois que j’ai eu le sentiment d’avoir accompli quelque chose de notable pour moi-même dans un sport. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir participer à un évènement sportif à mon âge, et surtout avec le sentiment que j’ai ressenti ce jour-là, et ce, d’avoir accompli quelque chose.

Pendant ma deuxième clinique, le 10km, je me suis blessé. La tendinite du tendon d’Achille. Et comme beaucoup d’autres coureurs, j’ai tenté de revenir trop tôt, parce que nous préférons courir plutôt que de ne pas le faire. Le résultat a été d’aggraver la blessure de nouveau, demandant donc des traitements additionnels. Heureusement, la course d’objectif qui était le CN Tracks of Glory, ne se déroulerait pas avant la fin septembre, un mois après la fin de la clinique. Ce répit additionnel m’a permis d’accroître mes parcours jusqu’au point ou j’ai pu terminer la course. Tout comme pour le 5km, je n’avais que deux objectifs, de compléter le parcours et, dans un souci d’orgueil, de ne pas finir bon dernier. Encore une fois, j’ai utilisé la méthode 10 et 1 et j’ai pu terminer, sans être le dernier. J’étais transporté de joie parce que j’avais rencontré l’objectif que je m’étais fixé lors de la clinique Apprendre à courir, soit de compléter un 10km.

Tous ceux qui sont passés par les cliniques du Coin des Coureurs réalisent que ce sont les liens personnels et la camaraderie qui font de ces cliniques ce qu’elles sont, et qui font de nous des coureurs émérites. C’était la même chose pour moi et, quand Gord et Julie, qui avaient agonisés avec moi pendant l’algie de croissance d’Apprendre à courir, qui se sont inquiétés à mon sujet pendant ma blessure dans le 10km, m’ont suggérés de m’inscrire pour la clinique du demi marathon, j’ai accepté, mais un peu nerveusement.

A blessure m’avait empêché de profiter pleinement du chef de clinique du 10km, Shawn Gregoire, mais j’étais là quand il nous a présenté le massage thérapeutique. Son conférencier invité était Suzanne Ngui du centre Reh-Fit. Elle est devenue, par la suite, ma massothérapeute et, grâce à mes sessions mensuelles avec elle, j’ai pu compléter la clinique du demi marathon sans me blesser.

Les chefs de clinique étaient Tricia Chestnut et Shannon Martin, toutes deux des coureuses de marathon aguerries. Nôtre première tâche fut de fixer nos objectifs de chrono pour le demi Hypothermique, à la fin du mois de février. Quel nom bien choisi! Puisque j’avais terminé le 10km en 1 :06, je me suis joint au groupe de 2 :15 car le seul autre choix était 2 :00 ou moins. Nous avons appris en quoi consiste le monde de la course de distance, les longs parcours, le Gatorade, les gels, les côtes (bien que les conditions hivernales nous ont empêchés de les grimper), et les vêtements d’hiver. Tricia et Shannon étaient comme Roxie et Darolyn avant elles, bien informées et avec une attitude très coopérative envers tous les coureurs. J’étais surpris de courir à l’extérieur tout l’hiver. Chaque course du dimanche semblait se dérouler pendant la journée la plus froide de la semaine et nous en avons courus plusieurs à -40C ou pire avec le refroidissement éolien. J’ai appris que la traction était vraiment le seul point important de la course en hiver, puisqu’après 10 minutes en course, vous serez très confortables si vous êtes habillés en conséquence. Comme d’habitude, j’ai du apprendre à mes dépens. Pendant notre course du dimanche de 14km, par -40C au mois de janvier, mes lunettes avec leurs montures de métal, se sont gelées sur ma figure, causant des gelures aux endroits ou elles touchaient ma peaux. J’ai couru avec un passe-montagne, acheté après cette course, et sans lunettes, pour les deux prochains mois.

Cette clinique me semblait être la meilleure car j’ai pu me maintenir avec mon groupe pendant toutes les courses d’entraînement et je ne ressentais aucune intimidation en provenance du groupe plus rapide. Le jour de la course, je suis devenu déshydraté pendant l’épreuve et j’ai donc tiré de l’arrière, terminant en 2 :19. J’ai appris plus tard que mon chrono était très raisonnable, mais tout ce qui me concernait était d’avoir tiré de l’arrière par rapport au groupe. Ironiquement, ce fut la meilleure de toutes mes courses, terminant 165ième parmi les 200 participants. Quelle malchance d’être devenu déshydraté pendant une tempête de neige au milieu de l’hiver! Toutefois, j’avais attrapé la grippe deux jours avant la course, en plus d’avoir travaillé très fort la semaine précédente, en corrigeant des examens provinciaux d’anglais, alors la fatigue et la maladie ont du prendre le dessus. Tout ce que je sais, c’est qu’après avoir couru avec le groupe jusqu’au 17ième kilomètre, je me suis soudainement senti vidé, et au lieu de continuer de courir avec confiance, j’étais à bout de souffle, j’avais la nausée, j’étais de mauvaise humeur et je n’avais plus d’énergie. Les quatre derniers kilomètres on été un vrai martyre.

Encore une fois, Julie et Gord m’ont demandés, avec instance, de m’inscrire à la clinique du marathon, qui débutait quelques jours plus tard. Encore une fois, je croyais qu’ils étaient fous, et j’étais loin d’être avide, étant déçu de la façon avec laquelle j’avais terminé le demi Hypothermique. J’étais étayé par la maxime de Julie, de prendre une semaine et une course à la fois, et simplement de voir ce qui se passerait. Ici, nous avons vu que ces coureurs sont d’une race différente, des gens qui couraient des marathons en 3 :30, qui les couraient tous les mois, qui se lamentaient de peser 203 livres quand ils avaient commencés à courir. C’était le poids que j’avais finalement atteint après tout ces mois de course!!

La courbe d’apprentissage était très sévère pour nous, les nouveaux venus, pendant que l’on tentait de se préparer pour ce qui nous attendait. Tricia avait aussi progressée, comme chef du groupe de cadence 4 :45, le groupe le plus lent de la boutique de Kenaston. Julie et d’autres coureurs de la clinique du demi avaient eux aussi progressés, donc il y avait un niveau de confort immédiat dans notre groupe. Henry Friesen, le chef de clinique, nous a tout de suite rappelé que nous étions maintenant dans les ligues majeures, comme on dit, quand il nous a dit que nonobstant la cadence, les derniers milles du marathon étaient difficiles à parcourir le jour de l’épreuve. L’entraînement en côtes était véritable cette fois, et j’ai trouvé que je m’y plaisais, mais, tout comme mon entraînement sur pistes, je me faisais dépasser à maintes reprises par les « machines bien rodées ». Les longues distances étaient fantastiques, exprimées en milles, et avec rien dans les autres cliniques pour les égaler.. A partir de la course du 14.5 milles en montant, nous étions à l’agonie à la fin du parcours et nous avons bien appris à bien nous étirer avant de retourner à la maison. C’était amusant d’apprendre aussi qu’un litre de lait au chocolat était une façon économique et bénéfique de se remettre de ces courses.

En m’approchant de la ligne de départ du marathon, j’ai pressenti que pour une multitude de raisons sur lesquelles je n’avais aucun contrôle, que je serais chanceux de terminer. À la fin du 7ième mille, je savais que ça allait s’avérer être une course très longue et très difficile Si c’eut été n’importe quelle autre journée que la journée de la course, j’aurais abandonné très tôt. Toutefois, j’ai pensé à la clinique Apprendre à courir et mes objectifs, à ce moment-là, soit de compléter le parcours et, dans un souci d’orgueil, de ne pas finir bon dernier. Cette détermination, en plus de courir la dernière moitié du parcours avec Colleen, une autre participante de la clinique qui éprouvait aussi des difficultés, m’a permis de continuer. Terminer avec un chrono de 5 :49 ne m’importait peu. En fait, Colleen et moi en avons rit quelques jours plus tard et nous étions déterminés de courir un autre marathon, puisque notre chrono ne pourrait pas être plus lent. Ce qui comptait, c’était le progrès que j’avais fait en un peu plus d’un an, à bout de souffle après une course d’une minute, jusqu’à être capable de compléter un marathon, peu importe le chrono.

J’ai vraiment été surpris, d’une façon positive, de voir combien de gens que je connaisse, ont été influencés par mon exemple. Des professeurs de mon école ont entrepris et complétés le demi marathon pour la première fois, avec d’autres promettant de courir le marathon avec moi l’an prochain. Des professeurs avec qui je travaille à corriger les examens provinciaux d’anglais, se sont inscrits à Apprendre à courir et m’ont demandés. Une copie de mon horaire d’entraînement. Des correcteurs américains du Advanced Placement ont été abasourdis par ma course d’un marathon complet, et ce en plus d’avoir 52 ans, qu’un des correcteurs était déterminé de transformer sa course ordinaire en entraînement pour le marathon. Ça m’en met plein la vue, surtout que tout au long de ma vie, je n’ai jamais été un exemple sportif. Peu importe le temps passé, ce qui compte est de sortir et d’y aller.

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